Une éclipse médiatique, c'est lorsque une nouvelle retient la majorité de l'attention des médias. L'élimination, au hockey, des Capitals de Washington par les Canadiens de Montréal mercredi 28 avril a occupé, selon Influence Communication, jusqu'à 82% de l'espace médiatique. Une aubaine pour certaines entreprises qui en profitent pour faire circuler une mauvaise nouvelle qui passera inaperçue ou presque dans les salles de rédaction, surtout lorsque d'autres éclipses sont à prévoir pour les prochains matchs qui opposeront le CH à leurs prochains adversaires. Peut-on alors parler d'exhaustivité en matière d'information?
Certaines nouvelles méritaient un peu plus de développement. Par exemple, lundi 26 avril, avant le match éliminatoire, le maire d'Outremont était arrêté dans le cadre de l'opération Marteau, qui vise à faire le ménage dans l'industrie de la construction. Fraude, abus de confiance et fabrication de faux documents sont ses chefs d'accusation. Pas de suite de l'affaire depuis lundi, excepté aujourd'hui vendredi, dans un article de La Presse qui ne fait plus référence au maire d'Outremont mais à une opération en cours de l'escouade Marteau dans la ville de Québec.
On a vu les maires de Montréal et Québec, le Mardi 27 avril, en visite à Chicago pour signer une résolution contre les armes à feu. La nouvelle n'a pas fait long feu et pour cause, ce sont deux villes où les taux de criminalité sont parmi les plus bas en Amérique du Nord....
On a pu échapper au lancement du deuxième album de Jonathan Roy (qui s'en plaindrait?), au succès de l'opération Montreal.net, un cheval de bataille qu'affectionne particulièrement Gerald Tremblay. Il y a eu également un peu de mouvement dans l'affaire qui opposent les journalistes du Journal de Montréal à leur patron Quebecor.
Mais cette éclipse est aussi génératrice d'informations, comme les débordements (prévisibles) dans le centre-ville de Montréal suite à la victoire des Canadiens, ou encore l'évacuation, le lendemain du match, de 200 personnes d'un immeuble suite à des odeurs incommodantes, probablement du gaz poivre lancé par les policiers la veille qui se serait répandu, sans parler des multiples et infinies débats sur les prédictions des prochains matchs à venir.
Ce bref aperçu montre que le public consommateur d'informations est encore sous l'emprise des grands médias que sont la presse, la télévision et la radio. Les sources d'information des réseaux sociaux, des blogues et autres fils d'actualités restent entre les mains des agences de presse, qui vendent l'information aux salles de rédaction qui décident de ce qui va être ou non traitable et diffusable. Autrement dit, l'espace médiatique est encore trop restreint, malgré la multiplication des canaux. Parce que cette infinité trouve finalement sa limite dans l'attention que l'on peut porter aux nouvelles. Trop de choix tue le choix et il est toujours plus agréable, lorsqu'on n'est pas expert, que l'on choisisse pour nous plutôt que de faire notre propre choix.
C'est le travail d'un rédacteur en chef, et même si on peut gérer ses propres fils de nouvelles, n'est pas rédacteur en chef qui veut.
Le travail des journalistes est-il de faire tout voir et tout entendre? Il perdrait son lectorat si tel était le cas. La preuve en est la réduction en nombre de caractères des articles parues, sans parler des formats en ligne, et aussi de ce propre blogue, pour lequel j'essaie toujours de restreindre et de synthétiser le plus mes idées. Twitter en est l'extrême, 140 caractères pour délivrer une information, difficile de faire plus court. Les médias permettent une hyperspécialisation de l'information, ce dont la télévision par câble et ses chaînes thématiques étaient précurseurs, et c'est idéal lorsqu'on peut trouver une information précise et ses cohortes d'experts qui l'accompagnent.
Les médias ont le droit de prétendre à l'exhaustivité, mais ce n'est qu'un attribut qui leur est propre et c'était l'argument de vente principale des fournisseurs d'accès à Internet dans les années 1990. Ça ne dépend pas de ce qu'une équipe de communicateurs peut faire. Ce qu'ils font, c'est sélectionner, juger de la pertinence, traiter, diffuser. L'information pure n'existe pas, l'information est un événement qui a été traité.
Quand on regarde un film ou qu'on lit un roman on accepte facilement d'entrer dans l'histoire car nous savons que c'est une fiction. C'est la même chose, dans une moindre mesure, pour l'information, et ce n'est pas pour rien si les anglophones utilisent le terme "story" pour désigner une nouvelle. On doit malgré tout faire confiance aux médias, en gardant en tête que quoi qu'il arrive, sans être non plus constamment sceptique, que toute information est manipulée, et que le point de vue adoptée n'en est qu'un parmi d'autres. La multiplication des sources et des points de vue peuvent alors devenir une des garanties de la valeur d'information.
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vendredi 30 avril 2010
vendredi 2 avril 2010
Internet : la mort subite du nourrisson quebec89

Le 1er octobre 2009 BRANCHEZ-VOUS! et rue89 annonçaient l'ouverture de quebec89. Le 31 mars dernier, après seulement 6 mois d'activités, quebec89 ferme ses portes. Promesses non tenues ou problème d'adaptation culturelle? Chronique d'une mort annoncée.
Avec quebec89, ses créateurs ne s'attendaient peut-être pas à ce que les attentes soient aussi élevées. L'ombre de rue89 a toujours planée derrière lui, et sa réputation a été rapidement faite lors de sa création en 2007, grâce à des journalistes repêchés de Libération et de bons scoops.
Rue89 a d'emblée surfé sur la vague des réseaux sociaux, s'annonçant comme un "projet journalistique indépendant" et "une manière d'informer qui repose sur la coproduction de contenus entre des journalistes, des experts, des passionnés, des témoins, des blogueurs et tous les visiteurs du site."
Pourtant si rue89 s'annonce comme un vrai site d'information ouvert, tout le monde ne peut publier un article. Une équipe de rédaction chevronnée fait sa sélection de blogues, de messages, d'articles pertinents et on retrouve finalement dans leurs manières de travailler l'essence même d'un quotidien imprimé dans la sélection d'information. Certes les points de vue sont multiples et originaux, mais n'est pas auteur qui veut.
De nombreuses différences expliquent en partie l'échec de quebec89. Le ton pas assez incisif, se qualifiant de "site d'information participatif". Où est l'indépendance journalistique adoptée par rue89? Le site incite aux commentaires, aux articles des internautes, mais promet seulement "au moins un article par jour", ainsi que des articles de rue89 pouvant intéresser les lecteurs québécois. Pourquoi aller chercher des articles de rue89 sur quebec89 si ce dernier n'offre pas plus de contenus?
Même si quebec89 avait pour ambition d'être un lieu de débat, avait-il sa place dans le marché de l'information québécoise déjà saturé par les cyberpresse, devoir et autre radio-canada, et envahi par le marché de l'information française?
Le vrai problème est que quebec89 est arrivé trop tard dans la vague du Web social. Aujourd'hui tous les grands titres et toutes les chaînes généralistes et spécialisées informatives proposent aux internautes de poster des commentaires, d'envoyer des liens vers de l'information pertinente, d'ouvrir le débat. Quels sont les journalistes qui n'ont pas encore leurs blogues, ou un compte facebook, twitter ou autre et qui mettent 10 fois par jour leurs profils à jour? Appuyé par ce qu'on appelle encore les "médias traditionnels" que sont la télévision, la radio et la presse, ces sites étaient la plus grosse concurrence de quebec89.
Quebec89 est un cas d'école. Il pose la question de l'adaptation d'un site Internet d'un cadre social et culturel donné à un autre et le débat reste ouvert sur la provenance, la validité et surtout la pertinence de l'information. L'information reste un produit que les journalistes façonnent à la couleur de la marque et cette couleur est fondamentale dans nos choix en matière de consommation d'informations.
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