jeudi 8 avril 2010

Publicité : Après Tiger, la parole à Nike


Stratégies nous révèle que Nike vient de confectionner une publicité mettant en vedette l'homme le plus célèbre atteint de satyriasis, Tiger Woods. Une vidéo sur Youtube a été visionné plus de 17000 fois moins de 24 heures avant sa parution. Un beau coup publicitaire pour la seule marque qui n'a pas abandonné son champion après ses nombreux scandales sexuels.

La publicité est simple : Tiger, en noir et blanc, comme ses vêtements, avec la célèbre virgule sur la casquette et le tee-shirt. La voix d'outre-tombe en off est celle de son père décédé : « Je veux savoir quelle était ta façon de penser, je veux savoir quels sont tes sentiments, et si tu as appris quelque chose ». Un coup de publicité qui coïncide avec le jour du retour du tigre sur la scène mondiale du golf.



En faisant ça, Nike se donne une formidable image de rédemption. La marque a suivi son athlète dans sa perte d'image de "l'american dream", du "tout le monde peut réussir", surtout pour les minorités visibles, bref au moins une dizaine d'années d'image ultra propre à l'image du golf mis à mal en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. De cette manière, Nike s'excuse aussi de l'avoir suivi.

La marque est-elle allé trop loin en utilisant la voix de son père décédé? C'est de mon avis plus indécent de faire ça que de tromper sa femme 15 fois et d'en faire une orgie médiatique. Mais en restant avec lui, la marque doit aller jusqu'au bout en justifiant ainsi son engagement. Reste à parier que la marque, en faisant cela, aide son poulain en lavant son image, et qu'ainsi Tiger Woods pourra récupérer ses commanditaires, en négociant de meilleurs tarifs grâce à toute cette excitation médiatique qui aura fait parler de lui.

mercredi 7 avril 2010

Internet : Le ipad, une machine à écrire


Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il paraît qu'Apple vient de sortir un appareil qui va selon de nombreuses personnes, révolutionner nos usages d'Internet. Tout le monde en parle et les théories de la communication sont appelées au secours pour expliquer cette révolution, si révolution il y a. Il faut dire qu'Apple frappe fort, encore une fois, pour nous vendre un produit qui comblera (ou créera) un autre besoin. Que dire alors de ce qu'on en dit, quand la voix d'Apple est reléguée par des milliers de voix qui achètent, utilisent et jugent leurs produits.

C'est ce qu'on appelle une niche, et Apple sait trouver les niches. Un pont entre l'iphone, et l'ordinateur portable. Les auteurs de l'excellent urban dictionary ont même fait ce magnifique néologisme tel qu'ils savent le faire. "ipad nano : A smaller version of the new Apple iPad. Formerly known as iPod Touch" OU comment utiliser un produit déjà existant et le transformer en un nouveau produit qui va changer votre vie.

Mais il faut que je l'avoue tout de suite, je suis PC. Par contre je crois qu'Apple a déjà tout compris depuis longtemps. Un de leur mauvais slogan publicitaire aurait pu être : "L'informatique, c'est compliqué, mais avec Apple, tout devient plus simple". En effet, l'excès de choix, comme le dit très bien Marie-Claude Ducas dans son blogue, ne produit plus une surconsommation mais un état de perplexité qui nous pousserait vers d'autres marques proposant moins de produits. Apple propose des produits simples avec des logiciels très user-friendly, prêts à l'emploi.

Martin Lessard explique que l'ipad va créer des habitudes de lecture. En effet, Apple veut vendre son contenu numérique sur l'ipad, tout comme elle l'a fait (avec réussite) avec itunes. On crie déjà depuis un moment à la disparition de la presse, parce qu'Internet le remplace. Si l'ipad remporte le succès escompté, on pourra bientôt lire sur les unes des journaux : "L'ipad enterre le papier". Je reste pourtant convaincu que la presse a un avenir, si elle veut bien se donner la peine d'y réfléchir, et elle survivra peut-être en collaborant avec les géants d'Internet. L'histoire des médias a déjà montré que l'apparition d'un nouveau média n'en remplaçait pas un autre, mais l'amenait à se remettre en question et à expérimenter de nouvelles formes de communications.

Nathalie Collard, dans La presse du mercredi 7 avril 2010, rapporte d'ailleurs que le Time, le USA Today, le Wall Street Journal et le National Geographic ont déjà lancé une application sur l'ipad. Cependant son article est plutôt une critique acerbe : le ipad serait anti-web? Les applications semblent en effet "fermées" et "limitent beaucoup l'interaction". Évidemment c'est un point de vue de spécialiste, mais pour quelqu'un de novice, c'est synonyme de simplicité. Pourquoi l'interactivité lorsque l'usage est la simple lecture? L'iphone est fait pour ça non? Simplicité, donc. La preuve? Les applications sont conçus UNIQUEMENT pour le ipad.

On voit poindre dans ce débat les habitudes de lecture. Le livre numérique va-t-il survivre grâce à l'ipad? Quels contenus vont proposer les journaux, en plus de leur imprimé et de leur site Internet? Un indicateur simple qui pourrait être fatale à l'ipad, son poids, nous dit encore une fois Nathalie Collard : de 680 grammes, bien plus léger qu'un ordinateur mais plus lourd qu'un livre de 400 pages d'environ 430 grammes. La différence est encore plus grande si on le compare à un journal ou un magazine.

L'usage sera le seul vrai résultat de la réussite d'Apple dans son nouveau produit. Grâce à ses deuxième et troisième générations, la Pomme sera capable de s'ajuster et d'améliorer son appareil à un prix supérieur à ce que la concurrence va offrir sur le marché. Ça n'empêchera pas les "applemaniac" de continuer à acheter leurs produits, car dans une société "à choix multiple" où on est convaincu de son choix, il est toujours moins angoissant de le conserver.

vendredi 2 avril 2010

Internet : la mort subite du nourrisson quebec89



Le 1er octobre 2009 BRANCHEZ-VOUS! et rue89 annonçaient l'ouverture de quebec89. Le 31 mars dernier, après seulement 6 mois d'activités, quebec89 ferme ses portes. Promesses non tenues ou problème d'adaptation culturelle? Chronique d'une mort annoncée.

Avec quebec89, ses créateurs ne s'attendaient peut-être pas à ce que les attentes soient aussi élevées. L'ombre de rue89 a toujours planée derrière lui, et sa réputation a été rapidement faite lors de sa création en 2007, grâce à des journalistes repêchés de Libération et de bons scoops.

Rue89 a d'emblée surfé sur la vague des réseaux sociaux, s'annonçant comme un "projet journalistique indépendant" et "une manière d'informer qui repose sur la coproduction de contenus entre des journalistes, des experts, des passionnés, des témoins, des blogueurs et tous les visiteurs du site."
Pourtant si rue89 s'annonce comme un vrai site d'information ouvert, tout le monde ne peut publier un article. Une équipe de rédaction chevronnée fait sa sélection de blogues, de messages, d'articles pertinents et on retrouve finalement dans leurs manières de travailler l'essence même d'un quotidien imprimé dans la sélection d'information. Certes les points de vue sont multiples et originaux, mais n'est pas auteur qui veut.

De nombreuses différences expliquent en partie l'échec de quebec89. Le ton pas assez incisif, se qualifiant de "site d'information participatif". Où est l'indépendance journalistique adoptée par rue89? Le site incite aux commentaires, aux articles des internautes, mais promet seulement "au moins un article par jour", ainsi que des articles de rue89 pouvant intéresser les lecteurs québécois. Pourquoi aller chercher des articles de rue89 sur quebec89 si ce dernier n'offre pas plus de contenus?

Même si quebec89 avait pour ambition d'être un lieu de débat, avait-il sa place dans le marché de l'information québécoise déjà saturé par les cyberpresse, devoir et autre radio-canada, et envahi par le marché de l'information française?

Le vrai problème est que quebec89 est arrivé trop tard dans la vague du Web social. Aujourd'hui tous les grands titres et toutes les chaînes généralistes et spécialisées informatives proposent aux internautes de poster des commentaires, d'envoyer des liens vers de l'information pertinente, d'ouvrir le débat. Quels sont les journalistes qui n'ont pas encore leurs blogues, ou un compte facebook, twitter ou autre et qui mettent 10 fois par jour leurs profils à jour? Appuyé par ce qu'on appelle encore les "médias traditionnels" que sont la télévision, la radio et la presse, ces sites étaient la plus grosse concurrence de quebec89.

Quebec89 est un cas d'école. Il pose la question de l'adaptation d'un site Internet d'un cadre social et culturel donné à un autre et le débat reste ouvert sur la provenance, la validité et surtout la pertinence de l'information. L'information reste un produit que les journalistes façonnent à la couleur de la marque et cette couleur est fondamentale dans nos choix en matière de consommation d'informations.