Le CRTC (Conseil de Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes), organisme public indépendant, s'est prononcé sur les investissements étrangers dans le secteur des télécommunications, en soumettant l'avis qu'une compagnie étrangère ne doit pas posséder plus de 49% de parts d'une compagnie canadienne. Elle propose de nouvelles définitions de ces industries, à l'heure de la multiplication et de l'expansion des différents supports de consommation de produits médiatiques, autrement dit la convergence.
Refuser plus de 49% de capitaux étrangers dans une entreprise de télécommunications canadienne nous laisserait croire à une forme de protectionnisme, en suggérant en même temps une protection de l'industrie culturelle qui fournit ces compagnies de télécommunications : un contenant canadien = un contenu canadien. Cependant on sait que l'équation est fausse car il suffit d'allumer sa télévision pour être submergé de produits médiatiques provenant de l'étranger (principalement des États-Unis) sur des chaînes canadiennes.
Une dépêche de l'agence QMI reprise par le site canoë nous dit que cette décision a été prise par le CRTC car le gouvernement avait accordé une licence à Globalive, contrôlé par l'égyptienne Orascom, alors même que le CRTC l'avait refusé. Pour résumer on passe du refus total à "ok pour 49% d'investissements étrangers" : un net recul du CRTC face au gouvernement.
La deuxième question porte sur la redéfinition des industries de télécommunications : les lois canadiennes les régissant faisait la distinction entre "radiodiffusion" et "télécommunication", autrement dit, nous dit le CRTC, entre "le contenu et la distribution". Il me semble pourtant que la "radiodiffusion" et la "télécommunication" sont plutôt deux formes de distributions de contenus. Au moment de ces définitions, on voulait sûrement distinguer la radio du téléphone, à peu près dans les années 1930? Il était temps que le CRTC les revoit.
Car cette question d'investissements étrangers et de redéfinition peut avoir de lourdes conséquences sur toute l'industrie culturelle canadienne, qu'elle soit francophone ou anglophone. Si une compagnie étrangère possède 49% d'une compagnie canadienne, n'aurait-elle pas un poids certain, dans un conseil d'administration, pour imposer un contenu provenant de son pays? L'idéal pour une entreprise de contenant (le média) n'est-il pas de vendre son propre contenu (ses propres productions médiatiques) déjà produit, emballé et prêt à être diffusé?
C'est cette distinction maladroite entre contenu et distribution qui doit rester la seule valide et c'est pourtant celle-là que le CRTC veut laisser tomber. Le contenu n'est plus disponible que sur un seul canal, mais sur de nombreux autres. L'exemple de tou.tv, sans parler des nombreuses chaînes qui diffusent sur Internet gratuitement, en est l'exemple le plus flagrant et sa popularité n'est que la preuve de l'évolution des médias. Les expériences de lecture, télévisuelle ou radiophonique ne sont plus l'exclusivité des seuls imprimés, radios et télévisions. L'imprimé se lit aussi sur l'ipad ou le kindle, la radio s'écoute en baladodiffusion et la télévision sur le Web. Ce qui change c'est le média d'une part, la manière de consommer d'autre part, mais pas le contenu.
C'est sur ce point précis que la distinction doit être faite entre contenu et contenant pour empêcher une entreprise de télécommunications, qu'elle ait des capitaux étrangers ou non, de fournir sans limite du contenu étranger. Et si le CRTC ne fait pas ce travail, ce n'est pas Ottawa qui va le faire pour lui. Le gouvernement fédéral a d'ailleurs autorisé cette semaine le plus grand libraire en ligne, Amazon, à ouvrir un entrepôt au Canada. Certes elle a l'obligation d'injecter 1.5 millions de dollars dans la culture canadienne, de faire la promotion d'auteurs canadiens et de s'associer à des événements culturels mais elle ne va sûrement pas faire fi de son imposant catalogue de littérature étrangère. C'est donc peu cher payé, 1.5 millions de dollars, pour faciliter la vente d'un catalogue en provenance des États-Unis déjà très présent chez de nombreux libraires.
On croyait le débat entre contenu et contenant enterré par l'explosion des nouveaux médias. Hors il est plus que jamais d'actualité lorsque les organismes et instances politiques ne savent pas les distinguer. "Libéraliser" une industrie comme celle des télécommunications n'est pas seulement faciliter les échanges commerciaux, c'est surtout définir les cadres de ces échanges et ce qui peut ou ne peut pas être échangé dans ces cadres.
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vendredi 16 avril 2010
dimanche 14 mars 2010
Pourquoi médiatactiques
Il y a une chose que j'ai remarqué, c'est qu'on ne parle pas assez des médias. C'est la raison d'être de ce blog. Il centrera son intérêt plus particulièrement sur les médias québécois et canadiens. Évidemment quand je parle des médias, ce sont tous les médias : presse, radio, télévision, affiches, Internet, en bref tout ce qui communique de l'information, que ce soit à but mercantile ou non, dans l'espace public. C'est mon souhait le plus profond ici : parler, penser et faire travailler les médias.
Les points de vue adoptés seront multiples, car je suis un adepte de la pluridisciplinarité, à travers laquelle je construis mon cheminement intellectuel et qui me semble donc essentiel à n'importe quelle exposition d'information.
Mon intérêt naturel se penche plus vers l'impact social des médias, à travers les divers traitements d'information, notamment comment une information est traitée dans tel média vis-à-vis d'autres médias : Comment, par exemple, TVA traite telle information par rapport à Radio-Canada, quelle rôle l'image, le journaliste ou encore le son jouent-ils? Évidemment toutes ces observations seront propices aux critiques, puisque réalisées avec les moyens du bord, mes seuls yeux et mon seul cerveau (et quelques outils théoriques).
Je m'intéresse aussi aux relations que les médias ont avec l'argent, comment la publicité s'insère t-elle dans, entre ou à travers l'information diffusée et quel biais introduit-elle dans l'information.
Bref je veux faire de ce lieu proprement médiatique, un lieu des médias, un observatoire où se juxtaposeront des analyses et des commentaires sur l'actualité des médias.
Je n'ai pas la prétention de faire ici un centre d'éducation des médias, qui est à mon avis une discipline qui dans notre époque devrait être enseignée dans toutes les écoles, plutôt que de donner un inutile "cours d'éthique et de culture religieuse", car nous sommes chaque jour exposé à de multiples informations sans se poser la question de savoir comment elles ont été véhiculées. Je veux ici un lieu de réflexions, d'échanges, un lieu "d'arrêt sur images" (référence à la défunte émission française de Daniel Schneidermann) pour prendre le temps d'analyser, de lire, de voir au comment et au pourquoi de la transmission d'information. Des informations dont les journalistes doivent faire le tri, comme le disait Steve Proulx dans un article du Voir du 11/03/2010, mais qui ne le font plus car l'espace est suffisamment grand pour ne plus filtrer. Cette affirmation est d'ailleurs à nuancer aussi grand que l'espace soit, car il faut guider le client (le "mangeur d'information" : le public) et lui dire qu'il faut qu'il bouffe la nôtre et pas celle du du voisin parce que la notre, elle est bien meilleure!
Voilà en tout cas le genre de sujet qui m'intéresse et qui (je l'espère!) amènera des débats d'idées et de nombreuses réflexions sur la place cruciale qu'ont les médias dans nos sociétés.
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