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mardi 4 mai 2010

Télévision : Canwest ajoute une aile à son château

La crise économique continue de sévir. Shaw Communications vient d'acquérir les propriétés télévisuelles de Canwest, qui accusait une dette en 2009 de 3.9 milliards de dollars. Elle avait obtenu en automne dernier la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers. Petit retour sur une guerre à coup de millions... de communications.

- Comment Shaw prend le contrôle.

Shaw est présent dans la plupart des provinces canadiennes excepté le Québec. Basé en Alberta, elle a depuis sa création en 1966 conquérit le marché des câblodistributeurs. Elle a conclu dans les années 1990 un pacte de non-compétitivité avec Rogers qu'elle met fin en juillet 2009 avec l'acquisition de Mountain Cablevision en Ontario.

Shaw est aussi un radiodiffuseur et un télédiffuseur, d'abord par satellite, puis par câble. Elle acquiert en 2009 trois stations de télévision appartenant au groupe CTVglobemedia. Elle développe son réseau pour diffuser des canaux HD. Elle a obtenu l'autorisation en 2008 de construire un réseau de mobilité sans fil, la majorité dans l'ouest canadien.

- Qui est Canwest.

Canwest est aussi un câblodistributeur, possède de nombreux journaux et magazines (The Gazette à Montréal, le National Post ou le Ottawa Citizen, entre autres) et plusieurs stations de télévision dont Global, la plus importante, présente partout à travers le Canada, y-compris le Québec.

- Le poisson Canwest péché par un plus gros poisson?

Il semble que oui. Encore aujourd'hui Torstar, propriétaire du Toronto Star, viendrait de faire une offre pour acheter les éditions produites par Canwest, incluant les journaux précités. En achetant les propriétés télévisuelles de Canwest, Shaw se paie une présence média pancanadienne. "Nous croyons que la combinaison de contenu avec nos réseaux TV câble et satellite, et bientôt notre service sans fil, nous placera à la tête des compagnies de communication et de divertissement au Canada." a déclaré Jim Shaw, Président de Shaw, via un communiqué repris par Argent. Rien que ça...

- Quel avenir pour les régions

Cette acquisition pose indirectement la question des médias régionaux. Comment un si gros acteur peut-il encore investir dans des contenus locaux lorsque des contenus nationaux ont un prix de revient moins cher. Il faudrait alors légiférer afin qu'une corporation de cette taille investisse dans les productions locales (essayons d'être optimistes!). En regardant la grille de programmation de Global, on y voit de nombreuses productions provenant des États-Unis, pas vraiment rassurant lorsqu'on regarde le passé de Shaw Communications, qui ne cherche, avec ses nombreuses acquisitions, qu'à devenir l'unique fournisseur Internet, radio, télévision dans tout le Canada.

- Des médias Shaw en français?

Sa future présence au Québec devient une porte d'entrée géographique vers les provinces maritimes, où elle possède déjà plusieurs compagnies de câbles. Pour une présence plus marquée au Québec, Shaw n'aura pas le choix de prendre en compte les particularités linguistiques, sociales et culturelles de la province. Car son incursion dans la Belle Province est sûrement un moyen de devenir un acteur de la distribution d'Internet et du sans-fil, surtout lorsque certaines villes n'ont toujours pas accès à une connexion haute vitesse...

La convergence économique n'est jamais bon signe du point de vue de la production d'informations, car justement elle va n'offrir qu'un seul point de vue, certes sous des formes différentes. Les canaux ont beau être multiples, si la source reste la même, le choix importe peu. Le contrôle des communications est la pierre angulaire des nations, et si elle reste la main d'une seule personne, prenons garde alors à la pensée unique.

lundi 22 mars 2010

Télévision : Mais que fait-donc le CRTC?


C'est aujourd'hui que le Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes (CRTC) devait prendre une décision sur la demande des chaînes généralistes de recevoir une redevance de la part des câblodistributeurs.

La problématique est la suivante : les chaînes du câble reçoivent une redevance de la part des câblodistributeurs (Pour nommer les plus grosses artilleries, Bell et Vidéotron) mais pas les chaînes généralistes (TVA, V, Télé-Québec, CTV, Global, CBC-Radio-Canada) qu'on peut capter, au Québec, avec nos belles oreilles de lapins, mais qui sont quand même diffusées sur le câble. On pourrait donc trouver la demande des chaînes généralistes légitime de percevoir un peu d'argent puisqu'elles vendent leurs temps d'antennes aux câblodistributeurs.

Le CRTC décide donc cet après-midi d'ouvrir une "table de négociation" entre les chaînes généralistes et les câblodistributeurs pour déterminer si redevance ou pas il y aura et si il y a quel serait le montant reversé aux chaînes. Le CRTC exclut évidemment CBC-Radio Canada car étant de nature publique, le réseau canadien reçoit d'une part un montant annuel du gouvernement fédéral, et d'autre part n'a pas les moyens de négocier car il n'a pas le pouvoir (ou le droit?) de retirer sa diffusion des antennes des câblodistributeurs. Il semble pourtant que le réseau public en a le plus besoin, étant donné les coupes budgétaires et les pertes d'emploi qu'il a du subir lors de l'année de crise économique mondiale 2009...

Mais là n'est pas où je veux venir :
D'abord je m'interroge sur le CRTC : N'est-il pas son rôle de prendre des décisions dans ce genre d'affaire? Ne doit-il pas trancher plutôt que de dire aux uns et aux autres "débrouillez-vous entre vous!"?
Si sa mission est de "veiller à ce que les systèmes de la radiodiffusion et des télécommunications répondent aux besoins du public canadien" (dixit le site du CRTC), ne devrait-il pas trancher en faveur du public, en évitant une augmentation des tarifs du câble (déjà très chers au Canada) qui ne serait que la logique conséquence du versement de redevances par les câblos aux chaînes généralistes? Il est vrai que toutes les chaînes ont perdus des recettes publicitaires en 2009, la crise a touché tous les secteurs, mais cela veut-il forcément dire que les chaînes vont continuer de perdre de l'argent en 2010? Et que les consommateurs vont devoir payer pour ça?

D'autre part, en laissant ouvert une table de négociations, on peut se poser des questions sur la légitimité des échanges : TVA, qui fait partie des chaînes réclamant qu'on lui verse une redevance, appartient au géant Québecor, et Québecor possède Vidéotron, l'un si ce n'est le plus gros câblodistributeur canadien (plus de 1.7 millions d'abonnées au Québec seulement et entrée prochaine sur le marché du mobile en 2010...). Je pense que les deux vont bien s'entendre... Mais il reste encore un gros joueur dans cette table avec Bell qui a été en prise avec des problèmes d'images (rappelez-vous les castors...) et de constantes restructurations et qui cherche sûrement à faire des économies après des investissements dans de nouvelles technologies (son nouveau service Internet "fibe" de fibre optique). En espérant que cette "table de négociation" favorise le consommateur, même si le CRTC a décidé de laisser ces échanges dans les mains de la loi du marché...