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jeudi 18 mars 2010

Télévision : La mort en direct


Ça a fait un buzz dans le monde des médias francophones, je veux parler de l'émission "Zone extrême" diffusée hier soir mercredi le 17 mars sur une chaîne publique française.

Pour ceux à qui ça aurait pu échapper, l'émission est un jeu de questions/réponses légèrement sadique. Un participant doit répondre correctement aux questions qui lui sont posées, mais lorsqu'il répond à côté, il reçoit une décharge électrique envoyée par un autre participant, à la demande de l'animatrice et du public présent dans le studio. Chaque nouvelle mauvaise réponse augmente le voltage et donc la douleur exprimée. Évidemment tout cela est faux, pas de voltage, pas de douleur (le participant est un acteur), mais ça, l'individu qui envoie la décharge n'est pas supposé le savoir. 80 personnes ont fait le test, et plus de 80% d'entre eux vont jusqu'à envoyer une décharge qui théoriquement envoie six pieds sous terre celui qui la reçoit.
C'est une expérience qui avait déjà été réalisée en laboratoire par Stanley Milgram dans les années 60, pour tester les effets de l'autorité sur les actions d'un individu. Ce scientifique avait obtenu des résultats très semblables à ce que montre l'émission.

Je n'ai pas vu l'émission, mais j'imagine très bien les effets télévisuels utilisés pour amplifier les effets primaires de peur voulu sur les téléspectateurs : musique dramatique, animatrice qui en rajoute, public qui en veut plus, montage habile, etc.
Il est énervant de voir qu'une émission d'une banalité affligeante puisse choquer à ce point. C'est un sujet qui a déjà été traité et ce depuis longtemps, il suffit de voir le film de Bertrand Tavernier, qui, en 1980, époque où la téléréalité n'existait pas encore, parlait de l'avenir de la télévision où on y montrerait "La mort en direct" (Deathwatch).

Alors je prends la défense de la télévision, qu'on accuse d'aller toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort, d'exercer une "pression médiatique" tout ça pour satisfaire l'audience.
La télévision est en train de subir une transformation profonde depuis l'explosion et l'expansion inexorable d'Internet, et cette émission n'est qu'un des derniers soubresauts d'une forme de télévision qui est en train de disparaître. Ce n'est sûrement pas avec ça qu'elle va se renouveler, mais plutôt dans d'excellents documentaires, reportages, séries (voir la production américaine ces dernières années sur les HBO et autres Showtime), ou encore la retransmission d'événements sportifs ou de cérémonies en direct, qui reste la grande spécialité de ce média.

La téléréalité n'est pas un phénomène nouveau, cela fait maintenant 20 ans qu'elle existe (dont les prémices apparaissent dans les "reality-shows", cf. François Jost, L'Empire du loft) et on continue encore de l'accuser de sensationnalisme, alors que la plupart de ces émissions sont maintenant montées et "mises en fiction" avec des personnes (oui certes bien réelles) à qui on donne des rôles. Qui regarderait des gens dans un château, une maison ou un appartement sans qu'on ne leur donne rien à faire, juste pour les voir satisfaire leurs besoins les plus élémentaires! On le fait par curiosité, puis on finit par se lasser, parce que l'éphémérité devient la plus grande valeur de nos médias actuels.